?uvres, IV : Bartleby le scribe - Billy Budd, marin et autres romans

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?uvres, IV : Bartleby le scribe - Billy Budd, marin et autres romans Details

Entre 1853 et 1856, Melville publie près d'une quinzaine de contes et de courts récits dans des magazines. Certains d'entre eux connaîtront un destin exceptionnel, comme «Les Encantadas», suite de croquis consacrés aux îles Galápagos, «Benito Cereno», inoubliable relation de la révolte d'un navire négrier, et ce qui est sans doute la «tragédie urbaine» la plus célèbre de l'histoire de la littérature : «Bartleby le scribe», dont on n'aura jamais fini d'interroger le mystère, qui est un mystère sans secret. Melville n'en a pourtant pas terminé avec les formes longues. Il travaille à un feuilleton, Israël Potter, tout à la fois biographie (largement fictionnelle) d'un héros obscur de la guerre d'indépendance, réflexion ironique sur l'Histoire et sur l'écriture de l'Histoire, et méditation sur la banqueroute des ambitions humaines : peut-être le plus intimement autobiographique de ses écrits. Israël Potter paraît en volume en 1855, deux avant un roman méconnu, singulier, à découvrir, L'Escroc à la confiance. Trois chapitres y forment une sorte d'«art poétique», et tout y est problématique, du narrateur aux personnages en passant par la construction du sens, qui échoit au lecteur lui-même. L'Escroc est un roman pour notre temps ; il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il ait laissé les critiques de 1857 aussi perplexes que l'employeur de Bartleby face à son clerc. Melville n'y gagne pas un penny. Il va désormais se consacrer à la poésie, pendant trente ans - et aux douanes de New York, qui l'emploieront vingt années durant. Il doit lutter pour que ses ?uvres poétiques soient publiées. Lorsqu'elles le sont, elles ne récoltent qu'indifférence ou mépris. En 1885 sans doute, peu avant de prendre sa retraite des douanes, il compose une ballade intitulée «Billy aux fers», brève évocation d'un marin à la veille de son exécution pour mutinerie. C'est de ce poème que sortira son ultime fiction... Trente-trois années passeront avant que le livre - Billy Budd, marin - ne soit publié. Dans ce récit intérieur plus encore que dans les autres romans, le «mystère de l'iniquité» est à l'?uvre, et la pureté n'existe que sous le regard de son éternel adversaire, le «diabolisme incarné». Billy Budd sera pendu. Le livre s'achève sur «Billy aux fers» et sur un compte rendu officiel qui dit que l'innocent est coupable. Tel est le monde : apparence et mensonge.

Reviews

Si j??ai acheté ce livre, c??est bien sûr, parce qu??il contient ses romans bien connus comme « Billy Budd » et « Israel Potter » dont la valeur littéraire n??est plus à discuter, et aussi parce qu??on y trouve les « Contes non recueillis » et ?? « L??escroc à la confiance », nouvelles qu??on trouve difficilement ailleurs, mais surtout parce qu??il inclut « Les contes de la Véranda » et « Bartleby », ce dernier se démarquant du reste comme un OVNI. Je n??ai lu qu??une seule fois ses autres romans. En revanche, je ne sais plus combien de fois j??ai lu et relu « Bartleby », dans sa version originale aussi bien que dans toutes ses traductions, intrigué par l??énigmatique personnalité du scribe. Chaque nouvelle lecture jette, en fonction de l??humeur du moment, un nouvel éclairage sur ce que les critiques appellent « l??énigme Bartleby » sans qu??ils ne réussissent jamais à le déchiffrer ; car j??ai lu presque toutes leurs exégèses et aucune ne m??a satisfait. A force donc de le relire si souvent, l??énigme pour moi n??en est plus une. Il est maintenant clair que pour moi, Bartleby n??est pas un personnage spécifique, mais un archétype symbolisant le monde spirituel, ou le monde des idées dans le sens platonicien du terme, ou encore la réalité indiscriminée dans le sens bouddhique du terme, par opposition au monde matériel de ceux qui vivent dans une caverne, illusoire, tronquée et impermanent, représenté par Wall Street, le cabinet d??avocat et par la faune qui le peuple. Le comportement du scribe est régi par les principes qui gouvernent les êtres délivrés de leurs passions : vide, non-conceptualisation,-non poursuite ; par opposition aux principes contraires, illusion, discrimination et désir, qui gouvernent les autres personnages du récit.Premier principe : Vide. Les êtres intelligents doués de sensibilité prennent souvent conscience de l??impermanence de l??existence, lorsqu??ils sont confrontés à ses manifestations absurdes, tout comme ces saints lorsqu??ils assistent au spectacle de la souffrance humaine. Comment Bartleby le scribe en est-il passé par là ? Le récit nous donne un indice à la fin : il aurait été un employé au service des lettres au rebut, passant ses journées à brûler par milliers des lettres au rebut, « parfois du feuillet plié, le pâle employé retire un anneau : le doigt auquel il était destiné s??effrite dans la tombe, un billet de banque charitable, envoyé en toute hâte : celui qu??il eut secouru ne mange plus, ne connait plus la faim ; le pardon, pour ceux qui sont morts dans l??affliction ; l??espoir, pour ceux qui sont morts dans le désespoir ; de bonnes nouvelles, pour ceux qui sont morts accablés sous le poids des malheurs. Messagères de vie, ces lettres courent vers la mort ».Deuxième principe : Non-conceptualisation. Le bouddhisme zen enseigne que la non- discrimination entre sujet et objet permet de voir la réalité dans son essence, où tout est interdépendant et interconnecté. La non-discrimination mène à une fusion du « soi » avec l??univers et brise ainsi la chaîne de la causalité. Il n??y a plus de cause, plus d??effet, un peu comme ces moines bouddhistes qui s??immolent par le feu et restent impassibles sous les morsures des flammes, parce que eux et le feu ne font plus qu??un. Pour Bartleby, la chaîne des causes et effet n??existe plus. On apprend qu??il se nourrit exclusivement de gâteaux au gingembre. Ces gâteaux affreusement piquants ont les effets physiologiques escomptés sur ses deux collègues, extrême agitation ou grave indigestion selon le cas. Sur le scribe, le gingembre n??a aucun effet.Troisième principe : Extinction de tout désir et non-poursuite. C??est l??explication de ce sempiternel « Je préférerais ne pas » que Bartleby oppose à toutes propositions, mêmes bienveillantes, qu??on lui fait. Dés lors que l??existence n??est qu??illusion, il n??y a plus lieu de poursuivre quel but que ce soit.Il est difficile pour un être éveillé à la connaissance de faire part de son expérience mystique à un non-initié par le verbe. C??est pourquoi aux questions pressantes du narrateur qui n??arrive pas à comprendre son attitude, Bartleby ne peut que lui répondre : « Ne le voyez-vous pas de vous-même ? ». Melville est conscient des barrières de l'incommunicabilité, il a eu donc le tact de s??abstenir de toutes explications inutiles, nous laissant le soin, par suggestions feutrées, de deviner le fonds du problème par nous mêmes. Il va même jusqu??à se distancier de ce drame humain qui devrait être normalement être traité avec le plus grand sérieux qui se doit, en introduisant de ci de là une pointe d??humour faussement involontaire qui nous saisit d??un fou-rire incontrôlable.

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